Les diffuseurs à phéromones font partie des moyens de lutte actuels préconisés dans le cadre de la protection intégrée
L’efficacité de cette méthode dépend de la densité en insectes sur le vignoble, des populations importantes favorisant la rencontre des sexes au hasard ou sans l’aide de l’information phéromonale.
Globalement, l’efficacité obtenue avec la confusion est comparable à celle d’une protection insecticide « à la condition de recourir à une intervention complémentaire lorsqu’on est en présence d’une forte pression ».
Et ce passage du ‘tout insecticide’ à la ‘combinaison de plusieurs solutions’ pour lutter contre les bioagresseurs nécessite un grand changement d’état d’esprit de la part des viticulteurs, qui ont été habitués pendant longtemps à l’emploi de produits uniques à très forte efficacité : « La viticulture doit aussi se préparer à accepter l’usage de méthodes à effets parfois partiels pour contrôler les bioagresseurs », précise le chercheur. Outre ce changement d’état d’esprit, le développement des ces méthodes devra aussi impérativement s’accompagner d’une modification dans les pratiques des viticulteurs : « On devra avoir plus de présence physique sur les parcelles et beaucoup moins de temps sur le pulvérisateur, explique Pierre-Antoine Lardier, responsable du pôle cultures spéciales chez Basf. Le viticulteur doit revenir davantage sur ses parcelles et consacrer le temps d’observation important et nécessaire ! ».
La confusion sexuelle répond aussi à l’enjeu sociétal, dans la mesure où les consommateurs rejettent de plus en plus les « pesticides », que ce soit dans leur assiette ou dans l’environnement. L’absence totale de protection n’étant pas envisageable, la protection intégrée des cultures serait donc « la voie pour répondre à ce triple enjeu que sont la santé publique, l’environnement et le maintien du revenu agricole Bernard Blum», mettait en avant , responsable des affaires internationales d’Ibma lors du dernier colloque sur la protection intégrée.
D’un point de vue réglementaire, la protection intégrée sera également mise au premier plan dans les prochaines années afin de répondre à l’objectif fixé par le Grenelle de l’environnement et le plan Ecophyto 2018 de réduire de « de 50%, si possible, d’ici 2025, l’utilisation des produits phytosanitaires ».
L’étude Ecophyto R&D de l’Inra confirme cette tendance : pour atteindre 33% de diminution de produits phytosanitaires en France, les chercheurs ont estimé qu’il fallait généraliser la protection intégrée... De son côté, l’Ibma a précisé que la protection intégrée est obligatoire depuis 2014 au niveau européen (‘directive cadre pour l’utilisation durable des pesticides 2009/128/CE’, qui inclut la mise en œuvre de la PI), et que les Etats membres avaient jusqu’en 2012 pour « présenter des plans nationaux à la Commission ». « On ne se contente pas cette fois-ci de ‘bonnes pratiques agricoles’ et de l’emploi ‘judicieux’ des pesticides, se réjouissait Bernard Blum. Cette fois-ci, nous sommes aux prémices d’une véritable révolution, ce que beaucoup de personnes n’ont encore pas réalisé ! »