Lutter contre l'oïdium
une maladie à ne pas sous-estimer
L’oïdium (Erysiphe necator) est une maladie cryptogamique encore mal connue. Peu visible à ses débuts, difficile à contrôler une fois installée, son impact peut être considérable aussi bien en termes de rendement que de qualité. Cycle de développement, conditions favorables, symptômes, dégâts : ce qu’il faut savoir de l’oïdium de la vigne pour mieux le combattre.
L’oïdium est une maladie cryptogamique qui se développe à la surface des organes verts de la vigne. La contamination primaire commence dès la reprise de végétation. Le champignon responsable, Erysiphe necator, de la division des ascomycètes, apprécie les atmosphères chaudes et humides.
L’oïdium se conserve en hiver sous deux formes différentes selon les régions et, probablement, selon les cépages.
Ces deux formes d’inoculum vont produire des spores, lesquelles seront à leur tour sources d’inoculum secondaire. En effet, au contact d’un tissu réceptif (jeune feuille, pétiole, etc.), la spore émet un tube germinatif au bout duquel se forme un appressorium (renflement). Celui-ci émet un haustorium (suçoir), qui traverse la cuticule pour prélever des nutriments. Il se forme alors un hyphe (filament), qui se ramifie et colonise la surface du végétal (ectoparasitisme), en même temps que se forment d’autres suçoirs.
Des conidiophores apparaissent ensuite sur les filaments mycéliens. Ils donneront bientôt de nouvelles conidies (spores issues de la multiplication végétative). Le cycle est bouclé.
L’oïdium se développe rapidement dès que les températures deviennent supérieures à 12°C (optimum vers 25°C) et quand l’humidité relative est comprise entre 40 et 100%. En revanche, l’eau libre et la lumière intense gênent la germination des spores et le développement du mycélium.
(source infographie : ministère de l’Agriculture du Canada)
Tous les organes herbacés de la vigne sont sensibles aux contaminations. Les feuilles sont d’autant plus sensibles qu’elles sont jeunes. Les jeunes grappes sont aussi très sensibles mais les baies voient leur réceptivité diminuer au fur et à mesure de leur développement : dès que leur teneur en sucre atteint 8%, elles ne peuvent plus être contaminées. Toutefois, si elles ont été contaminées antérieurement, le parasite continue à sporuler tant que la teneur en sucre est inférieure à 15%.
L’oïdium modifie profondément la composition du raisin. Il fragilise la pellicule, réduit la photosynthèse et nanifie les grains. Résultat ? Un pH des jus plus élevé, l’apparition de composés phénoliques indésirables et la modification de la qualité organoleptique des vins, qu’ils soient rouges ou blancs.
| Qualité du vin | Grappes peu touchées | Grappes très touchées |
| Excellent | <5% | 0% |
| Bon | <30% | 0% |
| Correct | <5% | |
| Dégradé | <10% | |
| Très dégradé | >10% |
Le groupe ICV et BASF ont mis au point une grille de décision pour aider le vinificateur au moment de la récolte, vis-à-vis du pourcentage d’attaque d’oïdium sur grappes : seules les grappes très touchées à la récolte nuisent à la qualité.
Le profil sensoriel – donc la spécificité du vin – est altéré avec, pour le dégustateur :
Au-delà de 10% de grappes très touchées, l’impact de cette maladie de la vigne est très marqué et ne peut pas être corrigé à la cave.
Avec des grappes peu touchées, en revanche, le seuil de tolérance est plus élevé : jusqu’à 30%, on a peu d’impact sur la qualité finale. « Le zéro défaut n’est pas indispensable pour le vinificateur, assure Jacques Rousseau. Ce n’est pas le cas avec le botrytis pour lequel il n’y a pas de seuil de tolérance. »